8 mars 2010


ROMAN


« Une digue trop loin » de Douglas Vanité


Nous connaissions les rives du fleuve Bé, irascible et malodorant affluent aux eaux limoneuses que nous avait décrit Douglas Vanité dans son précédent roman « La porte des égouts ». Nous voici confrontés de nouveau à l’élément liquide dans ce récit surprenant qui nous livre sans affect le quotidien boueux des Pulimarous, une peuplade sans intérêt du delta du Gluge.

Cette race exténuée, qui s’échine vainement à faire pousser des champignons anémiques sur la mousse détrempée qui ronge les poteaux pourris des digues de sa lagune paludéenne, est sous la coupe des riches Koupissous des Hautes-Terres, qui les exploitent. Une fois bien dépouillés, Les Pulimarous s’en retournent se morfondre chaque soir dans les profondeurs méphitiques de leur marécage natif.

C’est là que croupissent les destins moisis d’Ugmar et de Vlaguemuche, deux êtres nauséeux qui se palpent sans entrain dans la moiteur sédative des marigots surchauffés. Au milieu des moustiques chétifs nourris de sang anémié, ces deux amants exsangues en proie au délire, qui grelottent entre scorbut et malaria sans oser avouer qu’ils ne s’aiment pas, vont connaître une fin laborieuse et assommante.

Un non-amour magnifié par le spectacle des bulles de méthane irisées qu’exhalent les tréfonds d’une vase épaisse qui tapisse chaque recoin du paysage, et rythmé par les incursions grossières de Koupissous qui viennent se moquer d’eux en chantant « hou les amoureux-heu » jusqu’à plus soif. Fort heureusement, le temps de la mousson approche et permettra à Ugmar de développer une forme rare de fièvre aphteuse tandis que Vlagemuche sera de son côté durement importunée par une violente crise d’hémorroïdes urticants. C’est le point de départ d’une lente déréliction qui conduira nos deux héros aux frontières de la guérison, sans toutefois l’atteindre, car de nombreuses rechutes émailleront ce parcours gluant où l’âme s’embourbe, avec, il faut bien l’avouer, la patience du lecteur. Qu’importe. «Une digue trop loin » est certainement le livre qu’il faudra lire sur la plage avant qu’elle ne soit engloutie par le prochain tsunami, avec vos dernières économies. Un livre à lire avec un tuba.


Illustration: L'autoroute vers rien de Nadir Bennéant. Musée Souterrain des Arts Dépressifs de Bagdad.

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